30: AgriFood nomme la tension entre le capital et le soin avec Elaine Power
Episode 30 · June 19, 2026
Elaine Power, professeure associée à l'Université Queen's, se joint à Jesse Hirsh pour une conversation qui refuse d'adoucir les contradictions au cœur du système alimentaire canadien. Power soutient que le secteur agroalimentaire rend systématiquement invisible le travail qui le soutient — des travailleurs agricoles racialisés et des employés d'épicerie sous-payés au travail culinaire domestique — et que cette invisibilité n'est pas accidentelle mais structurelle. L'épisode nomme ce que beaucoup dans le secteur ressentent mais disent rarement clairement : qu'un système alimentaire construit sur la logique du capital ne peut pas aussi être construit sur la logique du soin.
Aperçu
Elaine Power a passé des décennies à retracer la politique de ce que nous mangeons — de sa première rencontre avec les écrits de Frances Moore Lappé en tant qu'étudiante en Nouvelle-Écosse, en passant par des années de pratique comme diététiste, jusqu'à son travail actuel en tant que chercheuse en systèmes alimentaires à l'Université Queen's. Dans cette conversation avec Jesse Hirsh, elle n'a pas l'intention d'adoucir le diagnostic. Le système alimentaire agro-industriel, soutient-elle, est structurellement brisé de façons qui ne peuvent pas être réparées par un meilleur étiquetage ou des choix de consommateurs plus intelligents. Ce avec quoi cet épisode se débat est une question plus difficile : si le système est construit pour extraire de la valeur de la nourriture et de ceux qui la produisent, qu'est-ce que cela signifierait réellement de construire quelque chose de différent?
L'un des moments les plus générateurs de l'épisode survient quand Hirsh propose l'idée que le terme « agroalimentaire » est lui-même politiquement chargé — que le côté « agro » reflète la logique du capital et le côté « alimentaire » reflète quelque chose de plus proche du soin, de la culture et de la subsistance. Power trouve le cadrage éclairant. Elle le relie à ce qu'elle voit comme la tendance du capitalisme à inverser la valeur : les grands fabricants alimentaires multinationaux, soutient-elle, prennent des intrants bon marché et produisent ce que le chercheur en alimentation Tony Winson a appelé des « pseudo-aliments » — des produits denses en calories conçus pour le profit, non pour la vie. Le système récompense ceux qui extraient, non ceux qui nourrissent.
Power est particulièrement pointue sur la question du travail. Elle retrace la main-d'œuvre invisible du système alimentaire, des travailleurs agricoles temporaires racialisés effectuant un travail agricole éreintant dans les champs canadiens, aux travailleurs d'épicerie célébrés brièvement comme héros de la pandémie avant d'être ramenés aux salaires minimums et aux horaires précaires, au travail culinaire domestique — historiquement féminisé, chroniquement sous-évalué, et maintenant de plus en plus externalisé aux mêmes sociétés qui bénéficient de sa dévaluation. Elle voit une ligne directe entre le rejet du féminisme de la deuxième vague du travail domestique non rémunéré et l'essor de l'aliment ultra-transformé de commodité : quand la société a refusé de valoriser la cuisine, le marché a intervenu pour la marchandiser. Le résultat est un système alimentaire qui profite d'un problème qu'il a contribué à créer.
Ce qui émerge de la conversation est un plaidoyer pour revaloriser le travail alimentaire dans son intégralité — non comme un retour nostalgique à la cuisine, mais comme un projet politique. Power et Hirsh tournent autour du paradoxe que la nourriture reste une source de plaisir authentique et de connexion humaine même si les systèmes qui la produisent causent des dommages documentés, des proliférations d'algues étouffant le littoral français en raison du ruissellement agricole, aux familles séparées par les programmes de migration saisonnière. Power revient constamment à la salle de classe comme terrain d'essai pour cette tension : ses étudiants voient clairement les preuves, et pourtant ils lui demandent encore comment elle reste optimiste. Sa réponse honnête — elle regarde les oiseaux, elle remarque les crocus — n'est pas une esquive. C'est un signal que rester ancré dans le monde matériel de la nourriture réelle, des saisons réelles, des choses vivantes réelles, peut être une condition préalable au type de réflexion soutenue que ce moment exige.
Les auditeurs quitteront cet épisode avec une compréhension plus aiguë de pourquoi le système alimentaire semble à la fois brisé et indispensable, et pourquoi le langage que nous utilisons pour le décrire — agroalimentaire, commodité, choix — obscurcit souvent plus qu'il ne révèle. Power n'offre pas un programme politique bien rangé, mais elle offre quelque chose d'apparemment plus utile : un compte rendu lucide de ce que le système fait réellement, et qui en paie le prix. Ce genre d'honnêteté intellectuelle, suggère Hirsh, est exactement ce dont le secteur a besoin davantage.
Thèmes clés
- L'« agro » et l'« alimentaire » dans agroalimentaire représentent des valeurs politiques irréconciliables
- Le travail invisible et racialisé comme fondation de l'approvisionnement alimentaire canadien
- La culture de commodité comme mécanisme d'extraction de valeur du travail culinaire domestique
- L'ambivalence du féminisme de la deuxième vague envers la cuisine et ses conséquences corporatives
- Enseigner les systèmes alimentaires sans induire le désespoir chez la prochaine génération
- L'aliment ultra-transformé comme véhicule du capital, non de la nutrition